RCS 4.0 : la messagerie enrichie unifiée entre Android et iOS

Le 26 mars 2026, la GSMA (l’organisation internationale qui supervise les standards de la téléphonie mobile) a finalisé les spécifications du RCS (Rich Communication Services) Universal Profile 4.0, plus communément nommée RCS 4.0, consacrant la mise à niveau la plus ambitieuse du protocole depuis son lancement (1).


Ce standard avance plus vite que son déploiement réel, ce qui est fréquent dans les télécoms : la technique s’accorde d’abord, l’écosystème suit ensuite, souvent plus lentement. Pour les praticiens du droit des communications électroniques, cette publication concentre pourtant des enjeux considérables : interopérabilité imposée par le règlement sur les marchés numériques ou DMA (2), protection des données personnelles et sécurité des communications chiffrées.

Le protocole RCS : bref rappel

Le RCS constitue le successeur technique des SMS et MMS. Il permet aux utilisateurs d’envoyer des fichiers en haute définition, de voir les indicateurs de frappe en temps réel et de recevoir des confirmations de lecture, directement depuis l’application de messagerie native de leur terminal.

Le protocole RCS offre de nombreuses fonctions pratiques au quotidien : les utilisateurs voient quand leur contact tape une réponse, reçoivent des confirmations de lecture claires et peuvent envoyer des photos et vidéos en très haute définition. Jusqu’à récemment, ces avantages fonctionnaient uniquement entre deux appareils de la même marque.

Apple a rejoint le protocole RCS avec iOS 18 en septembre 2024, sous pression du DMA, après des années de résistance. Cette intégration tardive marque la fin d’une longue fracture entre les écosystèmes iOS et Android, sans pour autant effacer les « bulles vertes » auxquelles les utilisateurs d’iPhone font encore référence.

Le RCS 4.0 : les trois apports techniques majeurs

Le RCS 4.0 est une nouvelle norme qui vient combler plusieurs lacunes importantes du protocole de communication, avec en ligne de mire une interopérabilité accrue entre les différents écosystèmes, notamment Android et iOS. L’ambition est claire : offrir des fonctionnalités enrichies et harmonisées, directement au sein des applications de messages natives des smartphones.

Premièrement, la fonctionnalité phare s’appelle MIVC (Messaging-Initiated Video Calls). Elle permet de basculer d’un fil textuel vers un appel vidéo directement dans l’application de messagerie, sans quitter la conversation. Le standard intègre un mécanisme de « late joining » : les membres d’un groupe peuvent rejoindre un appel en cours même s’ils n’ont pas répondu à la notification initiale. Les journaux d’appels se synchronisent directement dans la chronologie de la conversation.

Deuxièmement, le formatage de texte enrichi fait son entrée. Le RCS 4.0 ajoute la prise en charge du gras, de l’italique et du texte barré. Le standard prévoit des replis intelligents vers une version en texte brut lorsque le destinataire utilise une version antérieure du protocole ou le SMS, afin que les codes de mise en forme n’encombrent pas le message.

Troisièmement, le profil améliore la détection des capacités média. Les terminaux pourront désormais identifier les formats audio et vidéo pris en charge par l’interlocuteur, permettant l’encodage à la qualité la plus élevée possible.

En définitive, le RCS cesse un peu plus d’être un « SMS ou un MMS amélioré » pour devenir une vraie couche de communication de temps réel, capable de relier texte, partage média et maintenant vidéo dans un même espace d’échange.

Le RCS 4.0 face au DMA et au RGPD

Du point de vue juridique, l’essor du RCS 4.0 s’inscrit dans un cadre réglementaire contraint. Le DMA impose aux contrôleurs d’accès (gatekeepers) d’assurer et de faciliter l’interopérabilité de leurs services de messagerie avec ceux des fournisseurs tiers qui en font la demande, en fournissant gratuitement les interfaces techniques nécessaires. Conformément au principe de minimisation des données du RGPD, le DMA prévoit que le contrôleur d’accès ne doit transférer au fournisseur tiers que les données personnelles strictement nécessaires à la fourniture d’une interopérabilité effective.

En outre, le contrôleur d’accès et le fournisseur tiers doivent veiller à ce que l’interopérabilité ne compromette pas la sécurité et la protection des données personnelles, conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du RGPD.

Cette articulation DMA/RGPD crée des obligations cumulatives concrètes : les opérateurs et plateformes doivent documenter les flux de données engendrés par l’interopérabilité, actualiser leurs registres de traitements et le cas échéant conduire une analyse d’impact sur la protection des données (AIPD).

Enfin, le droit des communications électroniques impose aux opérateurs une obligation de sécurité des réseaux et des informations, que la montée en version du standard vient renforcer sur le plan technique.

Le chiffrement de bout en bout : un acquis du RCS 3.0 consolidé

Le chiffrement de bout en bout ne figure pas dans RCS 4.0, mais dans les versions antérieures qu’il consolide. Le profil universel RCS 3.0 a introduit la modification et la suppression de messages, les réactions multiplateformes et les réponses intégrées dans les fils de discussion. La GSMA a ensuite publié la version 3.1, finalisée en juillet 2025, qui apporte des messages vocaux de haute qualité et une fiabilité réseau améliorée.

En mars 2025, la GSMA a annoncé l’intégration du chiffrement de bout en bout dans le RCS grâce au protocole Messaging Layer Security (MLS), norme ouverte supervisée par l’IETF (Internet Engineering Task Force, organisme mondial de normalisation). Cette mise à jour permet une interopérabilité sécurisée entre différentes plateformes et clients de messagerie. Le déploiement dépend de la rapidité avec laquelle les opérateurs certifieront l’infrastructure RCS mise à jour.

Apple a confirmé qu’elle ajouterait le chiffrement de bout en bout RCS dans de futures mises à jour logicielles, en s’appuyant sur l’évolution récente du RCS 4.0. Cependant, rien ne dit encore comment Apple choisira de l’implémenter.

Le RSC 4.0 : Un déploiement conditionné par l’écosystème

L’écosystème et son évolution constituent le nœud gardien du succès de ce nouveau protocole RCS 4.0. La spécification existe, mais son incarnation concrète dépendra des fabricants de téléphones, des éditeurs d’applications de messagerie, des opérateurs et des plateformes. Et c’est là que le sujet se complique : un standard publié n’équivaut pas à une fonction disponible demain dans les appareils du grand public.

La GSMA a bien publié le RCS 4.0 en février 2026, mais cela ne signifie pas que tous les téléphones compatibles RCS vont immédiatement disposer des nouvelles fonctionnalités dans leurs applications de messagerie.

La vraie question avec le RCS 4.0 est donc celle-là : Apple va-t-il implémenter MIVC et le texte enrichi de son propre chef, ou faudra-t-il attendre un nouveau tour de vis réglementaire pour que ces fonctionnalités atterrissent dans iMessage ? L’histoire invite à la prudence. Toutefois, la pression combinée du DMA et de la demande des utilisateurs constituent un levier probablement très fort

Conclusion

En conclusion, le RCS 4.0 illustre la tension caractéristique des standards de communications électroniques : une spécification techniquement mature, dont la portée juridique (interopérabilité, protection des données, sécurité des communications) est immédiate, mais dont le déploiement effectif reste subordonné aux décisions industrielles des opérateurs et des fabricants.

Un accompagnement juridique des acteurs du secteur est donc à envisager pour les assister dans l’adaptation de leurs politiques de conformité, au croisement du RGPD, du DMA et des obligations sectorielles issues du code des postes et des communications électroniques.


  1. GSMA, « From Rich Text to Video: RCS Universal Profile 4.0 has arrived », GSMA Newsroom, 26 mars 2026.
  2. Règlement (UE) 2022/1925 du Parlement européen et du Conseil du 14 septembre 2022 relatif aux marchés contestables et équitables dans le secteur numérique et modifiant les directives (UE) 2019/1937 et (UE) 2020/1828 (règlement sur les marchés numériques).
Frédéric Forster
Avocat
Directeur du pôle Télécommunications et Communications numériques
Carl Buffière
Juriste,
Responsable d’activité du département Télécoms

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