Jeux vidéo et intelligence artificielle : le clonage vocal illicite

ChatGPT Tribunal jugeant intelligence artificielle style mondrian

Françoise Cadol, voix française de Lara Croft, a mis en demeure un éditeur de jeux
pour clonage vocal par l’IA sans son autorisation.

Le 10 septembre 2025, l’actrice Françoise Cadol a mis en demeure l’éditeur de jeux vidéo Aspyr Media pour avoir procédé au clonage de sa voix à l’aide de l’Intelligence artificielle dans la mise à jour du jeu « Tomb Raider IV-VI Remastered ». Face la demande de retrait, l’éditeur du jeu a présenté dans un communiqué de presse publié sur Steam des excuses publiques et supprimé la mise à jour le 19 septembre 2025 illustrant ainsi les risques liés à l’utilisation non autorisée de la voix dans un contexte où les éditeurs de jeux cherchent à réduire les coûts de doublage, accélérer la production et personnaliser l’expérience des joueurs.

clonage vocal

Le clonage vocal par l’IA : définition et enjeux

Jeux vidéo et intelligence artificielle : le clonage vocal illicite

Le clonage vocal par l’intelligence artificielle consiste à entraîner un modèle sur des enregistrements authentiques pour générer des phrases qui imitent le timbre, le rythme et l’intonation d’une voix. L’algorithme génère ainsi des phrases inédites, jamais prononcées par le locuteur original, tout en recréant une performance vocale réaliste.

En droit français, la voix est appréhendée comme un attribut de la personnalité, le cadre juridique étant conçu pour protéger la sphère intime et l’identité de la personne. En effet, l’article 9 du Code civil protège la voix comme attribut de la personnalité, dont l’utilisation requiert un consentement préalable, quand l’article 226-1 du Code pénal interdit la captation, l’enregistrement ou la transmission, sans le consentement de leur auteur, des paroles.

Risques juridiques liés à l’exploitation illicite du clonage vocal

Jeux vidéo et intelligence artificielle : le clonage vocal illicite

L’exploitation d’un clonage vocal, permettant de restituer la voix d’une personne sans autorisation préalable, pourrait exposer l’auteur des faits à des sanctions civiles et pénales.

L’artiste-interprète ou la personne concernée peut solliciter la cessation immédiate de l’exploitation, sur le fondement de l’atteinte à ses droits de la personnalité ou à ses droits voisins. La reproduction de la voix — fût-elle générée artificiellement — constitue une ingérence dans son identité vocale, susceptible d’engendrer un préjudice moral et patrimonial qu’il appartiendrait, si elle est caractérisée, à l’utilisateur d’indemniser.

L’article 226-1 du Code pénal réprime les atteintes à la vie privée, notamment la captation ou la transmission de paroles sans consentement, d’une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. La génération artificielle d’une voix, lorsqu’elle s’appuie sur des enregistrements obtenus ou exploités sans autorisation, pourrait entrer dans ce champ répressif, particulièrement lorsque la restitution vocale porte atteinte à la réputation ou à l’image de la personne.

Par ailleurs, toute utilisation séparée du son de la prestation d’un artiste-interprète est interdite sauf à avoir obtenu son autorisation préalable conformément à l’article L. 212-3 du Code de la propriété intellectuelle. Si, dans la continuité de la décision rendue par le tribunal de Munich le 11 novembre 2025 l’exception de fouille de textes et de données au profit de l’entraînement des modèles des systèmes d’IAg est écartée par les juges, l’utilisation d’enregistrements vocaux pour entraîner un modèle de clonage vocal pourrait en conséquence constituer une exploitation de ses droits patrimoniaux qui requiert une autorisation préalable et une rémunération équitable.

Encadrement contractuel de l’exploitation du clonage vocal

Jeux vidéo et intelligence artificielle : le clonage vocal illicite

L’encadrement contractuel de l’exploitation de la voix et l’utilisation de clonage vocal est indispensable pour sécuriser juridiquement l’usage de la voix, définir les contours de son exploitation et appréhender les impacts propres au clonage vocal.

  • Il est ainsi recommandé de :
  • • obtenir les droits relatifs à la voix avant toute exploitation ;
  • • insérer des clauses spécifiques relatives au clonage vocal, précisant l’étendue des droits concédés, les limites d’usage, les modalités d’entraînement des modèles et les garanties de non-dénaturation de la personnalité vocale ;
  • • s’assurer que l’utilisation de l’IA respecte les exigences du règlement européen IA Act, notamment aux obligations pesant sur les modèles génératifs à usage général en matière de documentation, de transparence et de gestion des risques ;
  • • mettre en place un régime clair d’information et de transparence, permettant à la fois aux utilisateurs et aux artistes-interprètes de comprendre l’usage de la technologie et la nature des contenus générés.

Marie Soulez

Avocate, Directrice du département Propriété intellectuelle Contentieux

Elina Bensaid

Juriste du département Propriété intellectuelle Contentieux

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