
Invité de l’émission Le Meilleur de l’Info, présentée par Mickael Dorian sur CNews le 26 mai 2026, Alain Bensoussan est revenu sur la multiplication des actes antisémites en France et sur la nécessité d’une réponse pénale plus ferme.
Actes antisémites : pour une réponse pénale à la hauteur de l’atteinte portée au pacte républicain
Les chiffres les plus récents publiés par le ministère de l’Intérieur confirment l’ampleur du phénomène.
En 2025, 1320 actes antisémites ont été recensés en France. Ce chiffre marque une baisse de 16% par rapport à 2024, mais il demeure, selon le ministère, à un niveau historiquement élevé au regard des vingt-cinq dernières années. Les actes antisémites représentent 53% de l’ensemble des faits antireligieux recensés en 2025, alors même que la population juive constitue une minorité religieuse en France.
Le ministère relève également que les agressions physiques, les agressions verbales et la haine en ligne représentent 67% des actes antisémites recensés en 2025. Cette donnée traduit un déplacement préoccupant : l’antisémitisme ne se manifeste pas seulement par des inscriptions, dégradations ou atteintes symboliques ; il vise de plus en plus directement les personnes.
Ce constat s’inscrit dans un contexte plus large de progression des atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux. En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré plus de 16.400 infractions de cette nature, dont 9700 crimes ou délits et 6700 contraventions. Les injures, provocations et diffamations demeurent majoritaires.
La répression pénale des actes antisémites
Le droit français ne crée pas une infraction autonome d’« antisémitisme ». Il réprime les actes commis avec un mobile antisémite au moyen de plusieurs qualifications : violences, menaces, dégradations, discriminations, injures, diffamations, provocation à la haine, apologie ou contestation de crimes contre l’humanité.
Le code pénal prévoit une circonstance aggravante lorsque le crime ou le délit est précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes établissant que les faits ont été commis en raison de l’appartenance, réelle ou supposée, de la victime à une religion déterminée. Cette aggravation peut conduire à un relèvement très significatif du maximum de la peine encourue, jusqu’au doublement lorsque l’infraction est punie de trois ans d’emprisonnement au plus (art. 132-76 du code pénal).
La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse sanctionne, pour sa part, les propos publics. La provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe à raison notamment de leur appartenance ou non-appartenance à une religion déterminée est punie d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. La diffamation publique commise pour le même motif est également punie d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. Il en va de même de l’injure publique à caractère raciste ou religieux.
Le droit pénal appréhende également les formes non publiques de propos discriminatoires : la provocation, la diffamation ou l’injure non publiques à caractère raciste ou religieux relèvent de contraventions de cinquième classe. Enfin, les discriminations fondées sur l’appartenance ou la non-appartenance, réelle ou supposée, à une religion déterminée sont prohibées par l’article 225-1 du code pénal, notamment lorsqu’elles affectent l’accès à un bien, un service, un emploi, une formation ou une activité économique.
La peine comme marqueur démocratique
Pour Alain Bensoussan, la question de l’aggravation des peines ne relève pas seulement de la technique pénale. Elle exprime aussi une exigence démocratique : la gravité de la sanction dit ce que la société considère comme inacceptable.
L’acte antisémite ne vise pas uniquement une personne déterminée. Il atteint une communauté, mais aussi les principes mêmes de la République : l’égalité, la dignité, la liberté de conscience et la sécurité de chacun.
Les travaux récents des Assises de lutte contre l’antisémitisme ont d’ailleurs souligné la nécessité de mieux identifier les actes antisémites, d’améliorer les outils statistiques et de mieux adapter la réponse pénale aux manifestations contemporaines de l’antisémitisme notamment en ligne.
Renforcer la sanction, mais aussi l’effectivité
L’aggravation des peines ne peut toutefois produire ses effets que si les faits sont mieux signalés, mieux qualifiés et mieux poursuivis. Or la sous-déclaration demeure un obstacle majeur. Les données de victimation montrent, pour les atteintes à caractère raciste au sens large, qu’une très faible part des victimes dépose plainte.
La priorité est donc double : renforcer la gravité de la réponse pénale lorsque le mobile antisémite est établi, mais aussi faciliter le dépôt de plainte, assurer la conservation des preuves notamment numériques et renforcer l’accompagnement des victimes.
Dans une société démocratique, la liberté d’expression ne saurait servir de paravent à la haine. Le droit doit demeurer fidèle à son équilibre : protéger le débat public mais sanctionner avec force les actes et propos qui franchissent la ligne de l’antisémitisme, de la menace, de l’appel à la haine ou de la violence.
Alain Bensoussan invité de l’émission Le Meilleur de l’Info, présentée par Mickael Dorian sur CNews le 26 mai 2026.


