Le phygital désigne l’intégration croissante des technologies numériques au sein des espaces et des interactions physiques.
Cette hybridation transforme en profondeur les usages professionnels, les relations avec les usagers, clients ou citoyens, ainsi que les modèles organisationnels. Elle ne se limite plus au commerce : elle concerne désormais la banque, la santé, le tourisme, l’éducation, les services publics ou encore les loisirs. Dans ce contexte, les enjeux juridiques occupent une place centrale. La continuité entre le monde physique et le monde digital implique une articulation fine des règles applicables aux données, aux contrats, à l’information des utilisateurs et à la responsabilité des acteurs. Le phygital repose sur la capacité des organisations à proposer des parcours fluides, cohérents et sécurisés, tout en garantissant le respect des cadres normatifs existants.
L’unification des parcours utilisateurs dans les dispositifs phygitaux
Le phygital : innovation technologique et enjeux juridiques
La logique phygitale vise l’intégration et la synchronisation de l’ensemble des points de contact entre une organisation et ses utilisateurs. Elle repose sur une approche omnicanale, permettant à un même parcours de se déployer indifféremment dans des environnements physiques ou numériques, sans rupture d’expérience ni perte d’information.
Cette unification concerne aujourd’hui des secteurs variés. Dans les services financiers, l’usager peut initier une opération en ligne et la finaliser en agence. Dans le tourisme, le parcours combine plateformes numériques, bornes interactives et interactions humaines sur site. Dans l’enseignement ou la formation, les outils numériques complètent les espaces physiques d’apprentissage, en assurant la continuité pédagogique et administrative.
Sur le plan juridique, cette fluidité suppose une parfaite lisibilité des relations contractuelles et des engagements pris par les acteurs. L’utilisateur doit pouvoir accéder, quel que soit le canal utilisé, aux informations essentielles : conditions applicables, garanties, droits, historiques d’interaction ou de transaction. La dématérialisation ne saurait affaiblir les exigences d’information loyale, de sécurité juridique et de traçabilité.
En pratique, les dispositifs phygitaux reposent sur la centralisation des données et la coordination des systèmes d’information. Cette organisation facilite la continuité du parcours, mais impose une vigilance accrue quant à la qualification des actes juridiques, au moment de leur formation et à la détermination des responsabilités, notamment en cas de dysfonctionnement ou de litige.
L’accélération technologique et l’IA au service du phygital
Le phygital : innovation technologique et enjeux juridiques
Le développement du phygital est étroitement lié à l’essor des technologies avancées, au premier rang desquelles figure l’intelligence artificielle qui soutient cette dynamique. D’ici 2027, près de 90 % des grands retailers utiliseront l’IA générative. Les systèmes automatisés permettent d’anticiper les besoins des utilisateurs, de personnaliser les interactions et d’optimiser les processus internes. Ils constituent un levier majeur de fluidification des parcours hybrides.
Toutefois, l’innovation technologique progresse souvent plus rapidement que l’adaptation du cadre normatif. L’usage de dispositifs biométriques, de solutions de paiement innovantes ou de systèmes de recommandation automatisés soulève des questions juridiques sensibles. Ces technologies impliquent une information renforcée des utilisateurs, une sécurité accrue des opérations et une transparence sur le fonctionnement des algorithmes.
L’intelligence artificielle agit ainsi comme un accélérateur du phygital, en renforçant la continuité entre environnements physiques et numériques. Elle automatise certaines interactions, améliore l’efficacité organisationnelle et recentre les professionnels sur des missions à plus forte valeur ajoutée. En parallèle, l’essor des objets connectés, des interfaces immersives et de la réalité mixte enrichit l’expérience des utilisateurs, en facilitant l’accès à l’information et l’interaction avec les services proposés.
Sur le plan juridique, ces évolutions imposent d’anticiper les obligations issues du droit de la consommation, du droit des données personnelles, du droit des contrats et, plus largement, de la régulation des systèmes automatisés. La confiance des utilisateurs repose sur la capacité des acteurs à concilier innovation, transparence et sécurité juridique.
L’évolution des espaces physiques à l’ère du phygital
Le phygital : innovation technologique et enjeux juridiques
À l’ère du phygital, les espaces physiques évoluent vers des environnements intelligents et interactifs. Le numérique n’a pas vocation à remplacer la présence humaine ou les lieux matériels, mais à les enrichir. Les espaces deviennent capables de s’adapter aux usages, de reconnaître les utilisateurs et de proposer des interactions contextualisées.
Les professionnels évoluent vers des rôles de médiateurs ou de conseillers augmentés par les outils numériques. L’accès en temps réel aux informations pertinentes permet d’améliorer la qualité des échanges et la pertinence des décisions. Le numérique renforce ainsi la relation humaine, en la rendant plus qualitative et mieux informée.
Par ailleurs, les dispositifs phygitaux transforment les espaces en lieux d’expérience. Ils permettent de tester, comprendre et s’approprier les services ou les produits proposés. Cette dimension expérientielle crée de la valeur immatérielle, favorise l’engagement et renforce la fidélité des utilisateurs. Les organisations ne se limitent plus à une logique transactionnelle : elles développent des relations durables fondées sur la confiance et l’usage.
Conclusion
Le phygital : innovation technologique et enjeux juridiques
Le phygital redéfinit durablement les interactions entre organisations et utilisateurs en unifiant les environnements physiques et numériques. Il constitue un levier stratégique majeur d’innovation, de performance et de différenciation, tout en plaçant les enjeux juridiques au cœur des dispositifs déployés.
La réussite du phygital repose sur la capacité des acteurs à assurer une continuité opérationnelle et juridique des parcours, à anticiper les impacts des technologies émergentes et à garantir la protection des droits des utilisateurs. À ce titre, le phygital ne se limite pas à une transformation technologique : il traduit une évolution structurelle des modèles d’organisation et des relations de confiance dans une société de plus en plus hybride.
Avec la collaboration de Camille BOUCHER-WITTRECK, diplômée d’un Master 2 en Droit des Affaires et Management des risques de l’Entreprise.
Marie Soulez
Avocate, Directrice du département Propriété intellectuelle Contentieux
Marie Soulez
Avocate, Directrice du département Propriété intellectuelle Contentieux
- Phone:+33 (0)7 85 53 57 52
- Email:marie-soulez@lexing.law
Pour en apprendre davantage
Le Règlement européen sur l’intelligence artificielle constitue un outil essentiel pour comprendre les enjeux juridiques et techniques que pose le RIA (ou AI Act). L’ouvrage analyse et souligne les points clé et analyse article par article ce texte...
La cobotique juridique #3 : Les malfaçons. Ce troisième épisode détaille les différents facteurs de malfaçons et comment les corriger...